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Benoît XVI : le nouveau pape de la continuité
Par Patrice-Hans Perrier, du service des nouvelles de Radio Ville-Marie
L'élection du cardinal Joseph Ratzinger sur le trône de Saint-Pierre augure une ère de continuité, mais aussi de remous certains. Celui-ci a été nommé à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1981 et fut très impliqué au niveau du resserrement doctrinal à l'intérieur de la Curie. En 2002, il deviendra doyen du Collège des cardinaux et, dans une certaine mesure, le bras droit du pape Jean-Paul II. Son influence au sein de la curie romaine et auprès du Saint-Père se décuplera au fil des années en raison de ses vues conservatrices. Plusieurs observateurs le décrivent comme un conservateur qui défend les dogmes de l'Église avec une détermination farouche. Voilà pourquoi sa venue au Vatican pourrait bien récompenser les efforts des tenants de l'orthodoxie et provoquer l'ire des «progressistes».
Un conservateur avoué
Le cardinal Ratzinger n'avait pas la réputation «d'avoir sa langue dans sa poche». Ainsi, s'il fut le dernier prélat à prendre la parole en public, juste avant l'ouverture du conclave, il n'a pas mis de gants blancs pour affirmer que le prochain Souverain Pontife devrait défendre les valeurs traditionnelles de l'Église. Il aura écarté, tout au long du conclave, les grands thèmes abordés par ses compétiteurs pour se replier sur une vision à la limite de l'intégrisme. Chemin faisant, il n'aura eu de cesse de dénoncer cette «dictature du relativisme» qui serait une forme d'héritage de Vatican II.
L'ancien préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, né le 16 avril 1927, a toujours gardé un goût amer de l'expérience du dernier grand concile. Alors qu'il assistait aux délibérations de Vatican II, en qualité d'expert invité, il semblait manifester un certain intérêt vis-à-vis des réformes proposées. C'est autour de 1968 qu'il se ravisera, se disant «retourné» par les «déviations nihilistes» propres à cette époque tourmentée. Voilà pourquoi il disait voir en Karol Wojtila, lors de son élection en 1978, un bouclier contre «l'athéisme moderne» et le «sécularisme déshumanisant» de cette époque.
Un homme de pouvoir
Son ascension au sein de la Curie romaine coïncide avec le pontificat de Jean-Paul II et il peut être malaisé, dans certains cas, de déterminer qui a influencé qui. Toujours est-il que le cardinal Ratzinger allait profiter de sa position privilégiée au sein du Vatican pour faire le ménage de la curie et mettre à exécution des mesures disciplinaires contre les «théologiens de la libération». Cette propension à «mettre au pas» les factions trop libérales ou progressistes de l'Église lui a valu d'être qualifié de «Grand inquisiteur» par certains de ses partisans. Il aura été l'auteur, entre autres, d'une «instruction», «Dominus Jesus», qui réaffirme la suprématie de l'Église catholique sur les autres confessions. Ce document, publié en 2000, a causé une certaine commotion chez certains chrétiens d'obédience protestante et l'a rendu très impopulaire dans les milieux progressistes.
Jouer cartes sur table
Josef Ratzinger a toujours joué cartes sur table : non à l'ordination des femmes; non au mariage des prêtres; non à l'homosexualité; non au communisme et non à la Turquie dans la nouvelle Union européenne. Ses positions bien affichées font de lui un adversaire redoutable qui, à l'instar de Jean-Paul II, ne recule devant rien pour réaffirmer son credo. Il aura cautionné des prises de positions qui ont failli provoquer des impasses, voir des crises politiques. Ainsi, s'était-il opposé vigoureusement, en 2004, à l'intégration de la Turquie musulmane au sein de l'Union européenne, en prétextant qu'il s'agisse d'une «décision contre l'histoire». Une prise de position qui ne facilitera certainement pas son travail de pape sur le terrain de la réconciliation entre Chrétiens et Musulmans.
Le nouveau pape n'a aucunement l'intention de se mettre au diapason des modes du jour. Il aurait avoué, dans le cadre d'un entretien avec l'hebdomadaire italien «Panorama» que «plus une religion s'assimile au monde, plus elle devient superflue». C'est dans cet ordre d'idées qu'il se disait prêt à accueillir certains mouvements chrétiens, à l'instar des évangélistes ou des charismatiques, qui sont, eux aussi, d'ardents défenseurs des «grandes valeurs morales contre l'évolution des mentalités».
Si, quelques jours avant le dernier conclave, d'aucuns lui reconnaissent le mérite de ne pas avoir donné prise aux manoeuvres des puissances temporelles, en isolant les conclavistes, certains lui reprocheront d'avoir pratiquer une certaine forme d'intimidation.
Un pontificat paradoxal
Il ne fait pas de doute que Benoît XVI sera le digne successeur de son prédécesseur. Ses Parti pris doctrinaires accommoderont, sans aucuns doutes, les visées conservatrices de Jean-Paul II. Mais, il n'en demeure pas moins que plusieurs questions de l'heure ressurgiront à point nommé. Ainsi, il sera difficile d'ignorer les attentes des fidèles, et d'une part croissante de leurs pasteurs, face aux inégalités sociales ou au renouvellement liturgique dans une perspective de plus grande accessibilité aux lieux de culte. La question du célibat des prêtres continuera certainement à hanter bien des consciences, malgré les positions tranchées du nouveau pape. C'est ainsi qu'un éditorialiste du magazine « La Vie », Max Armanet, nous rappelle que le nouveau pape devra s'interposer entre ceux «qui accordent la préférence aux problèmes de société» et les autres qui se sentent concernés par les «questions de moeurs».
Au-delà des questions de morale et d'orthodoxie, il apparaît évident que beaucoup de croyants ne veulent pas d'un pape qui, pour reprendre encore une fois les termes de Max Armanet, «représenterait le plus petit dénominateur commun». C’est ici que le nouveau pape devrait réussir à séduire une faction importante des croyants, au vu de sa cohérence doctrinale.
Josef Ratzinger, alias Benoît XVI, nous a habitué à sa maestria, à son style de «chef d'orchestre». Saura-t-il être en mesure de diriger le Vatican tout en écoutant la voix du «peuple de Dieu» ?
Sources : Magazine hebdomadaire « La Vie »; Le Monde; Libération; Agence France Presse; Société Radio-Canada; Radio Ville-Marie.