Dossier Accommodements raisonnables

Une laïcité chrétienne, qui se souvient
par M. Raouf Ayas, médecin


L’apport des chrétiens du Moyen-Orient s’est fait sentir au Québec depuis la fin du 19e siècle. Arrivé ici – par choix – en 1970 j’ai connu une société en mutation, ouverte, riche et généreuse, soucieuse d’intégrer ses immigrants.
Or, dans notre société, l’intégration harmonieuse nécessite de part et d’autre des ajustements qui respectent la rectitude politique, en termes juridiques des accommodements raisonnables en accord avec la Charte des droits et libertés. Ceci ne se limite pas aux immigrants qui sont déjà sélectionnés selon des critères (d’âge, de race, de couleur, de quotas par pays, de langue, de métier, d’études, de bonne santé, de capital à investir, de capacité d’intégration, de sécurité publique). Ces accommodements s’étendent même aux pure laine et aux enfants nés ici (exemptions, allocations, gratuité, déduction, pilule du lendemain, DPJ, etc.).
Début 1970, le multiculturalisme instauré sous Pierre Trudeau devait nous distinguer de nos voisins du Sud et du melting-pot WASP. Dix ans plus tard, les accords Cullen-Couture permettaient au Québec de devenir le maître d’œuvre de la sélection de ses immigrants alors qu’Ottawa conservait surtout l’aspect de sécurité nationale. Dix ans plus tard, alors que la loi 101 remplissait les écoles d’allophones, nous avons réalisé que ces enfants qui parlaient le français avec accent québécois demeuraient étrangers à certaines valeurs de la société d’accueil. Dix ans plus tard, l’électrochoc du 11 septembre 2001 remettait en question cette fausse sécurité qui nous entourait et plusieurs sujets de controverse sont apparus illustrant le désaccord qui sévit au sein de notre société.
Sommes-nous allés trop loin en accordant des «accommodements raisonnables» à nos minorités? Les exemples ne manquent pas : port du kirpan sikh, du voile islamique, de la kippa juive dans les lieux publics; écoles talmudiques ou tenues par des sectes qui échappent aux règlements du Ministère; cours prénataux dans les CLSC et cours de natation dans les piscines exclusifs aux femmes, une police qui tolère que des juifs hassidiques ne s’adressent qu’aux hommes policiers; un YMCA sous pression qui givre ses fenêtres à Outremont pour cacher des femmes en tenue de gymnastique; des tribunaux islamiques qui suivent la charia, des hommes qui refusent que leur femme soit examinée par un gynécologue masculin etc… . Cet excès de souplesse dans nos accommodements raisonnables, ces désaccords profonds sur les valeurs de notre société risquent de générer une réaction d’intolérance et d’intransigeance dans le futur, ce qui n’est guère souhaitable.
Il est évident qu’une partie du problème s’explique par le désaccord initial entre les Gens du pays, dits ‘de souche’. Des sujets de grande importance nous divisent : notre place au Canada comme peuple fondateur, la place de la religion dans notre société, la fierté quant à notre histoire, les valeurs familiales (avortement, homosexualité, mariage d’homosexuels et adoption par des homosexuels) pour ne citer que quelques exemples. Afin de pallier l’absence de consensus entre nous, nous avons imposé des accommodements arbitraires soi-disant «raisonnables» tels que :
• Sortir les croix – sauf trois – de l’Hôtel de Ville de Montréal
• Avorter est légal jusqu’à la 12e semaine de grossesse; illégal, criminel par la suite
• Fumer la mari mais ne pas en posséder plus de 30 grammes
• Abolir l’enseignement religieux facultatif dans les écoles, à l’encontre de droits constitutionnels auparavant garantis, mais imposer à tous l’histoire des religions.
• L’union civile au provincial, le mariage gai au fédéral
Ces quelques exemples touchent nos choix de société. Ces sujets de controverse profonde dissimulent une confusion idéologique où sont plongés les Québécois -- d’héritage chrétien -- (plus de 90% de la population au Québec). Notre majorité souffre d’un manque de confiance en soi, de fermeté, d’orientation, de constance dans l’application. L’illusion relativiste a banalisé les options au point où les partis politiques et les gouvernants sont devenus interchangeables et inefficaces. Cela est faux; toutes les religions ne se ressemblent pas, les individus ne connaissent pas les mêmes droits, les familles d’accueil où la DPJ permute les enfants ne se ressemblent pas et la croissance d’un enfant au sein d’un couple homosexuel ne ressemblera pas à celle d’un autre plus fortuné avec «un père et une mère».
Depuis septembre 2006, l’école St-Pie X à Québec s’appelle «Jeunes du monde», à St-Apollinaire, l’école Paul VI débaptisée s’appelle l’école «des quatre vents». Les parents trouvaient que cela reflétait mieux la réalité pour leurs enfants, qu’un nom à saveur religieuse et sans signification. Nous les orientons «aux quatre vents». Ce message nous vient de parents du Québec profond. C’est plus qu’une mode, c’est un virus de confusion qui s’est logé dans notre subconscient. Nous dégriffons nos enfants en les amputant des repères religieux nécessaires, et les laissons évoluer au sein de nouvelles religions et sectes étrangères sous la seule protection d’une Charte des droits désaxée en faveur des minorités. Nos cathédrales sont vides. Avons-nous mis nos échecs sur le dos de l’Église, rejeté notre ancienne élite, le clergé, laissé les vents nouveaux de la révolution tranquille balayer notre identité chrétienne ? Cette laïcité qui rejette et se méfie devrait faire place à une laïcité qui se souvient. La société du Québec qui demeure à plus de 90% chrétienne devrait être fière de son histoire et de son identité, croire en elle-même, retrouver un leadership religieux bénéfique pour l’évolution de notre société, pour l’épanouissement humain. Jusqu’à quand craindrons-nous que l’Église n’ait pas encore appris la leçon? Jusqu’à quelle limite laisserons-nous la société de consommation matérialiste effacer nos repères religieux, récupérer nos valeurs et notre mode de vie?
La crise des accommodements raisonnables nous éveille à des réalités et confirme qu’en contrepartie d’ajustements nécessaires accordés aux minorités, nous devons nous attendre à des adaptations raisonnables qui assureront aux immigrants cette intégration harmonieuse recherchée. La laïcité qui se souvient devra renouer le dialogue avec l’élite religieuse afin qu’un nouveau leadership se dégage, qu’il soit fidèle à notre identité et bénéfique pour notre avenir. Les Canadiens français devront assumer le rôle qui leur revient.

Communication de Raouf Ayas
Source : http://www.marieguyart.ca/communic.htm

 

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