Communication à la fin de ma visite ad limina (du 25 avril au 15 mai 2006)
- 23 mai 2006 -
TLa visite ad limina est un pèlerinage, une visitation, un temps d’expérience spirituelle. Ce fut particulièrement le cas pour celle-ci, qui a débuté par cinq jours de retraite animée par le Père Cantalamessa, cap., prédicateur de la maison pontificale. Chaque instruction commençait par le commentaire d’une strophe du Veni Creator Spiritus, cette prière tellement dense de contenu théologal et mystique. Le thème de la retraite fut : le Christ, centre de notre vie. Se centrant sur le mystère pascal (mort-résurrection), le prédicateur nous a incités à une véritable conversion, comme l’expérience vécue par les auditeurs de Pierre lors de la Pentecôte. En somme, il nous a conduits à nous poser la question : où en suis-je dans ma relation personnelle au Christ Jésus? Et dans mon annonce de son mystère pour le salut des personnes d’aujourd’hui confiées à mon ministère? Le Père Cantalamessa nous a ainsi aidés à regarder en face les grands défis pour une évangélisation du monde qui est le nôtre, avec tous les problèmes de communication, de langage, mais aussi de refus que nous y vivons. Il faut revenir dans notre proclamation à l’essentiel : oser affirmer avec audace et sérénité que Jésus est le Ressuscité, le Sauveur et le Seigneur, afin que ceux qui croient aient le salut. Ainsi nous parviendrons peut-être à ébranler un peu l’image entretenue dans notre culture d’une Église gardienne de la morale! L’Église est gardienne de ce grand trésor, le plus précieux pour le monde, qu’est Jésus mort et ressuscité, révélation d’un Dieu qui est amour et révélation de la vérité de notre humanité dont le chemin réel vers le bonheur est l’amour (voir la magnifique encyclique de Benoît XVI, dont le pape nous a remis à chacun un exemplaire lors de nos rencontres).
Ces thèmes fondamentaux ont aussi habité les visites que nous avons faites aux diverses congrégations ou conseils pontificaux. Que de fois y est revenue la question du langage adéquat pour notre monde! Mais aussi nous y avons développé certaines prises de conscience des résistances non pas au langage employé mais bien au message central de notre foi!
Cette visite était d’abord un événement spirituel. Quelle en fut la grâce? Je dirais que ce fut une grâce de communion ecclésiale. Ce fut un temps de communion avec la tradition apostolique à travers les millénaires passés. Nous avons célébré l’eucharistie aux tombeaux de Pierre et de Paul, ces deux piliers de la foi catholique, qui ont versé leur sang à Rome en témoignage envers le Christ et la foi en son œuvre de salut. Ce fut aussi un moment de communion dans la foi telle qu’elle s’exprime depuis des siècles dans les deux autres basiliques : Ste-Marie-Majeure et St-Jean-du-Latran (cathédrale du pape).
Puis les rencontres avec le Pape, soit en tête-à-tête, soit le groupe entier, ont marqué notre communion avec le siège apostolique dont la mission est essentiellement d’assurer l’unité dans l’amour et l’apostolat. Benoît XVI dans la rencontre seul à seul nous a manifesté son humanité, sa bonté, sa force d’écoute et d’accueil. Ce fut une rencontre vraiment spirituelle et fraternelle. J’y ai brièvement dit la vie du diocèse, ses difficultés, ses défis, ses espoirs. Benoît XVI a été d’une écoute attentive et active. Et il m’a incité à tenir bon dans le courage de l’espérance et dans la force de la prière.
Les multiples rencontres avec les dicastères de la curie vaticane ont aussi été des temps de communion avec l’Église dans sa dimension mondiale actuelle. Nous y avons rencontré des hommes et quelques femmes venant de tous les continents du monde. L’accueil y fut cordial, dans un climat de calme et de paix. Les échanges y furent nombreux et francs. Nous ne nous sommes pas sentis jugés mais encouragés à chercher ensemble les chemins de l’Esprit chez nous, et confirmés dans notre responsabilité et notre compétence pour le faire. Nous y avons vécu ce qui fut souvent nommé : « un échange de dons ». Ils ont accueilli nos propos et nos questions; ils nous ont aussi informé de diverses façons de vivre l’Église et ses défis ici et là, dans un monde qui de plus en plus partage les mêmes changements culturels et les mêmes incertitudes, les mêmes peurs et les mêmes espoirs. Ces contacts nous ont alors permis de situer nos difficultés d’ici sur une toile de fond qui nous fait mieux percevoir que ce que nous vivons n’est pas unique et que l’Église de par le monde, tout comme nous ici, a sans cesse à offrir Jésus-Christ d’une façon significative au cœur de ces changements.
Nous y avons abordé, au fur et à mesure des rencontres, les grands thèmes brûlants de l’humanité actuelle : la justice, la paix, les migrants, la santé, la famille, les enfants et les jeunes, les personnes âgées, les travailleurs de la mer, le tourisme…. Et j’ai, d’une façon neuve, perçu que l’Église est vraiment un don de Dieu à notre humanité, afin de lui offrir lumière et soutien dans sa marche vers son accomplissement historique et sa recherche de bonheur.
Cette visite de tous les évêques du Québec ensemble a aussi été un temps fort de communion entre nous. Nous avons entendu le même prédicateur, nous avons célébré et prié ensemble à chaque jour, nous avons partagé les mêmes lieux pour les repas et la détente. Souvent par petits groupes, nous avons vécu diverses activités qui furent autant de moments de détente, de partage, de mise en commun de nos vies, de nos soucis, de nos joies. Ce furent là de bons moments de ce qu’on appelle dans le jargon théologique « la collégialité affective ».
Ce temps de recul par rapport aux préoccupations quotidiennes m’a permis aussi de sentir encore plus ma communion avec le diocèse d’ici. Une telle prise de distance, d’écoute des autres confrères du Québec et du monde, du Pape, à la fois a confirmé certaines orientations que nous vivons ici et questionné d’autres. Je pense en particulier à des thèmes comme : la place du ministère presbytéral dans notre Église, une pastorale des vocations, la perception de la famille comme un bien précieux et un patrimoine de l’humanité à apprécier et à soutenir, la nécessité de ne pas perdre le sens du sacrement de la confession dans sa dimension de rencontre personnelle, la place des divers mouvements dans la vie de notre Église, etc…. Je veux dans la prière et avec vous tous et toutes continuer à approfondir ce que l’Esprit dit à notre Église et vers où il veut la conduire.
En revenant, j’ai senti le goût de relire l’encyclique de Benoît XVI : « Dieu est amour ». Il y affirme dés le premier paragraphe que ces paroles tirées de saint Jean « expriment avec une particulière clarté ce qui fait le centre de la foi chrétienne : l’image chrétienne de Dieu, ainsi que l’image de l’homme et de son chemin, qui en découle ». Je souhaite de tout cœur que, stimulés par ce beau texte à sans cesse retourner aux Écritures, nous devenions de plus en plus ensemble une Église qui révèle aux humains d’ici ce véritable Dieu et Père de Jésus. Nous serons alors plus aptes à redire aux personnes d’ici ce qu’il y a de meilleur, de plus vivant et dynamique en eux : leur capacité d’aimer et de rayonner cet amour dans les divers canaux de la vie d’ici, leur vie de couple, de famille, d’amitié, de services de toutes sortes, de loisirs, professionnelle. Et ainsi les femmes et les hommes d’ici expérimenteront mieux jusqu’à quel point Dieu les aime!
†Roger Ébacher, évêque de Gatineau