
Dieu, transforme le monde par ta grâce
Quand certains groupes ont besoin de se retrouver en premier
En février, c'est l'été dans le sud du Brésil. La température s'élève déjà en matinée à plus de 30 degrés. Sans la chaleur il serait très agréable de déambuler dans les rues de Porto Alegre, aux nombreux palmiers et jardins tout fleuris. D'autant plus que les rues sont presque vides. Les écoles sont fermées, les étudiants sont en congé ; bien des familles sont parties en vacances. C'est ainsi que la 9e Assemblée générale du Conseil oecuménique des Églises se déroulera dans le campus presque désert de l'Université pontificale (la PUC comme on l'appelle communément).
Pourtant quand on arrive sur le très beau site de l'Assemblée, certains endroits grouillent d'activité. En attendant lundi le gros des délégués à l'Assemblée, quatre pré-Assemblées se déroulent simultanément durant les trois jours précédant l'ouverture officielle mardi le 14 : une réunion jeunes, un rassemblement des femmes, un événement pour les peuples autochtones et une rencontre du réseau oecuménique de défense des personnes handicapées.
La pré-Assemblée des jeunes regroupe environ 500 jeunes (délégués officiels, stewards, étudiants, visiteurs...) des diverses parties du monde. Il sont là, joyeux remue-ménage, heureux de se retrouver ensemble et de se donner pour mission de changer le mouvement oecuménique et, pourquoi pas, le monde en même temps. J'assiste à une session où l’on visionne une présentation qui retrace le rôle et la place de la jeunesse dans le mouvement oecuménique. Conclusion : les jeunes sont plus rapides que les Églises, le regroupement mondial du YMCA date de 1855, presque 100 ans avant la fondation du COE en 1948.
Pour que les jeunes influent véritablement sur le mouvement oecuménique il faut augmenter leur représentation (la documentation dit de cette Assemblée du COE sera la plus jeune de l'histoire avec plus de 30% des délégué-es des Églises âgés de moins de 30 ans), il faut les écouter, et il faudrait reconnaître que leur participation se fait souvent plus dans l'action que dans les délibérations plénières.
Les femmes sont environ 400 ; elles discutent activement des questions et des problèmes qui les concernent particulièrement... ainsi que leurs filles ; notamment les effets pervers de la mondialisation sur leur condition de vie, le fait qu'elles soient absentes de bien des structures et de bien des organes de pouvoir (nombre de délégations à cette Assemblée ont été votées par des groupes composé en majorité d'hommes), l'incommensurable apport humanitaire qu'elles répètent chaque jour en tous les lieux du monde en soins de santé, en éducation, en travail agricole, et qui passe quasiment inaperçu, et « la violence sous toutes ses formes » me spécifie madame Djoman Amawho Daipo de l'Église du Christ, mission harriste de la Côte-d'Ivoire, (une Église fondée en 1914 dont j'ignorais totalement l'existence). Dans les deux groupes, on déplore que leur immense potentiel ne soit pas davantage mis en valeur dans les débats théologiques.
De retour en Assemblée, les jeunes se séparent en groupes de discussions sur les cinq sous-thèmes proposés : « l'injustice économique », « l'identité chrétienne et la pluralité religieuse », « vaincre la violence », « l’unité de l'Eglise », et « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde »... Je les vois se disperser en commençant déjà les discussions et moi je regrette quelque peu que les questions écologiques et les changements climatiques n'aient pas été choisis par le comité organisateur pour l'une des plénières thématiques.
David Fines, Porto Alegre
dimanche midi, le 12 février 2006