Dieu, transforme le monde par ta grâce




Jour 8 : La transformation dans tous ses états
Par David Fines

Petite journée… On ne se croirait pas arrivés à l’avant-veille de la fin de cette 9ème Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises. Le thème du jour : la transformation. Alors qu’on aimerait bien se mettre sous la dent quelque chose de plus consistant, je ne sais pas moi, des orientations majeures pour les prochaines années, des prises de position sur les importants dossiers de l’heure (tiens, l’Assemblée du COÉ, le plus important rassemblement d’Églises de la planète n’a émis aucun communiqué sur « l’affaire des caricatures » ), on se contente, à nouveau de faire parler des gens, bien gentils et très dévoués au demeurant, qui viennent nous raconter de façon très anecdotique leur histoire personnelle de transformation.

Pourtant, la journée avait commencé par une conférence de presse de cinq personnes impliquées corps et âmes dans la lutte contre les préjugés et l’ostracisme qui accompagnent la pandémie du VIH/SIDA et dans nombre de programmes de défense de droits des individus, dont trois vivant avec le virus même. L’une d’entre elles, le chanoine anglican de l’Ouganda Gideon Byamugisha, a été le premier prêtre en Afrique à exercer son ministère tout en étant séropositif. Il vit avec le virus depuis 1992, s’est remarié après son divorce et a eu des enfants sains et normaux ! En démontrant qu’il est possible de se prémunir du VIH et de contrôler le SIDA, il veut faire comprendre que cette maladie n’est pas une condamnation. « Après une longue période de condamnations, les Églises sont enfin en phase d’actions positives. »

Mad Gracia Violeta Ross Quiroga (et elle nous a elle-même fait remarquer la justesse de son premier prénom) s’est retrouvée infectée à la suite d’une agression sexuelle. Cette activiste de droits des personnes atteintes est membre de la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/Sida. Elle est aussi la représentante internationale du réseau international des Boliviens vivant avec le VIH/SIDA. Cette femme épanouie a voulu « transformer une histoire de mort en une histoire de grâce et d’amour. »

Il y avait aussi la directrice au Brésil de UNAIDS, l’agence des Nations Unies s’occupant de cette pandémie mondiale (il y a encore 600 personnes infectées chaque jour et 60 % sont des jeunes ; ce sont ce qu’on appelle les nouvelles générations… qui sont moins informées que leurs aînées). Ce n’est quand même par rien, mais presque rien de tout cela en plénière. Et là-dessus, il y avait eu un léger désaccord en conférence de presse, car si certains ont reconnu les efforts et le travail des Églises, meilleur que jamais, d’autres ont quand même fait remarqué que la question du VIH/SIDA allait rester au second plan dans les débats de l’Assemblée du COÉ.

Non, on nous a plutôt servi une jolie mis en scène où cinq personnes, chacune peu ou prou marginalisée d’une façon ou d’une autre (une jeune canadienne d’ascendance autochtone du Canada, une femme de la Jamaïque avec un handicap physique, une théologienne féministe de Corée, un prêtre arménien et notre Gracia Quiroga) a raconté sous forme d’entrevue, l’histoire de sa transformation, où elle a trouvé l’inspiration, quel message elle peut ouvrir, etc. Je ne crois pas avoir été le seul à me demander où cela allait nous mener. À preuve, la conférence de presse qui a suivi avec ces cinq personnes a été la moins courue de toutes ; nous n’étions qu’une quinzaine de journalistes.

Les deux jeunes déléguées de l’Église Unie du Canada sont montées sur la scène aujourd’hui. Après la première, Carmen Lansdowne, dans la présentation sur la transformation, la deuxième, Wendy Evans, est venu lire le Message de la 9ème Assemblée du COÉ : « Représentants-es d’Églises de toutes les régions du monde réunis à Porto Alegre (Brésil) au cours de la première décennie du troisième millénaire de l’ère chrétienne pour la première Assemblée du Conseil œcuménique des Églises tenue en Amérique latine, nous nous unissons dans la prière : … » Elle a bien fait ça Wendy, mais rapidement les gens sont allés aux micros, pour dire soit que ce ne sont que des vœux pieux, que c’était « plus une prière à Dieu qu’un message aux Églises » (c’est vrai), soit que « le monde est plein de secousses, il nous faut être plus audacieux » (ce qui est aussi vrai). On prend bonne note, comme l’a dit la présidente des débats.

Bon, au moins le Rapport du Comité d’orientation du programme, présenté par Walter Altmann de l’Église d’Allemagne, nous a réservé de belles lancées. Après avoir passé – rapidement – en revue les principaux accomplissements du COÉ depuis l’Assemblée de Harare en 1998, le rapport a proposé quatre principaux domaines d’engagement pour les prochaines années : Unité, spiritualité et mission ; Formation œcuménique ; Une conception globale de la justice ; Une parole éthique et un témoignage prophétique face au monde.

Et en dernière plénière, c’était la présentation du deuxième rapport des nominations pour le Comité central, organe décisionnel du COÉ entre les Assemblées générales, avec les mêmes lamentations sur la faible représentation des jeunes... alors qu’on nous répète ad nauseam que « c’est l’Assemblée des jeunes ». Certes, si « c’est aux Églises locales à faire leur travail de nomination au préalable », les formules mathématiques et les pourcentages à atteindre (le fameux 25%) n’offriront pas la solution tant que ne seront pas trouvés et mis les « bons » jeunes aux « bonnes » places. Peut-être que je me trompe… mais les jeunes que je rencontre me paraissent trop sages, trop disciplinés, pas assez coriaces, pas assez mordants, (j’en cherche encore qui en mangent de l’œcuménisme, mais y en a-t-il ?) pour vraiment faire une différence radicale et pour influencer de manière appréciable et durable la grosse machine institutionnelle du COÉ. La « Déclaration des jeunes adultes » qu’ils nous avaient distribuée hier posait des constats évidents mais avait pour seule réclamation : « Pour ces raisons, les jeunes adultes demandent instamment à cette Assemblée de retirer la phrase ‘Assemblée des jeunes’ de son discours et de poser des gestes concrets pour inclure d’avantage les jeunes adultes dans toutes les catégories (délégués-es, stewards, participation au mutirao, autres) de la vie du Conseil œcuménique des Églises. » Peut-être que je ne me trompe pas après tout.

Bon, la jolie surprise de la journée ? L’adorable procession dansante des enfants en ouverture du culte du soir préparé par le Conseil latino-américain des Églises.

La journée se sera terminée par une marche aux chandelles pour la paix dans les rues de la ville.


David Fines

 

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