Dieu, transforme le monde par ta grâce



Une célébration de toutes beautés

Par David Fines

Mardi le 14 était la première journée officielle de la 9e Assemblée générale du Conseil oecuménique des Églises. Rassemblés dans un immense amphithéâtre spécialement aménagé pour les circonstances, les 3 838 (c'est le chiffre officiel) participants-es assistent à un spectacle par une jeune troupe de danse brésilienne, où se succèdent les tableaux sur la beauté des choses et sur leur fragilité : une source d'eau pure, un arbre tout vert, mais aussi des êtres en esclavage, des gros méchants qui prennent le contrôle de l'eau et de la terre... On applaudit. On est heureux que « ça » commence enfin.

Puis le président du COE, Aram 1er, patriarche de Cilicie de l'Église apostolique arménienne, déclare cette 9e Assemblée du COE officiellement ouverte. Et là encore, on applaudit. On est heureux d'être là, de tous les coins du monde, de (presque) toutes les Églises. Le président rappelle que si chaque Assemblée précédente a eu ses propres particularités, il espère qu'on se souviendra de celle de Porto Alegre pour la place qu'elle aura faite aux jeunes, et pas seulement pour la place qu'ils tiendront mais pour le fait « qu'ils seront entendus ! ». « Que cette assemblée, continue Sa Sainteté, soit celle de la liturgie, et qu'elle soit celle du consensus. » En effet, après moult discussions et force cogitations, on y utilisera un nouveau mode de prise de décision : le consensus que l'on établira avec des cartes de couleurs bleu et orange (couleurs que les personnes daltoniennes peuvent distinguer). Il termine son allocution de bienvenue par un Notre Père multilingue... en silence !

Le secrétaire général Samuel Kobia invite ensuite les participants-es à se lever région par région. Pas mal de l'Europe et de l'Afrique. Puis c'est au tour des invités-es des autres confessions : une quarantaine de catholiques romains, 2 ou 3 évangéliques, une demi-douzaine de croyants d'autres religions. Il y a 691 délégués-es officiels-es des 340 Églises membres. Petit aparté : les quatre déléguées de l'Église Unie du Canada, en plus de leur conseillère, sont toutes des femmes ! Il y a 131 journalistes, dont deux seulement du Canada.

Quelques autres discours bien préparés ; on a droit aux envolées politico-charismatiques du vice-maire de Porto Alegre qui a salué « les autorités religieuses, politiques et militaires ici présentes » et du gouverneur de l'État de Rio Grande do Sul (certainement un protestant) qui a remonté aux persécutions des chrétiens sous l'Empire romain ! Ensuite, la lecture des messages du patriarche Bartholomée, de l'Archevêque de Canterbury, du pape Benoît XVI, lu par le cardinal Kasper, et celui du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Enfin, le plus beau moment des ces cérémonies protocolaires : invitation est faite de se lever à qui a participé à l'Assemblée de Harare, environ 120 personnes se lèvent ; puis à ceux qui étaient à Canberra (1991), puis à Vancouver (1983), et ainsi de suite (Hugh McCullum, ancien directeur de l'Observer, l'autre revue de l'Église unie, près de qui je suis assis, a assisté à sa première Assemblée à Upsala en Suède en 1968 !). Lorsqu'on arrive à l'Assemblée de fondation à Amsterdam en 1948, une seule personne se lève, Philip Potter, ancien secrétaire général du COE. L'Assemblée n'en finit pas d'applaudir ce pionnier et cette image emblématique de l'oecuménisme ; hommage bien mérité.

Mais tout ça, ce n'est pas grand’chose à se mettre sous la dent. Nous nous déplaçons donc vers la grande tente de rassemblement à l'autre bout du campus de la PUC pour la cérémonie d'ouverture (interdiction d'employer les termes culte ou service, je vous expliquerai pourquoi une autre fois).

Et là se passe le miracle !


Nous avons eu droit à une célébration extraordinairement émouvante, grandiose, sublime, d'une beauté presque insupportable ! Je savais que l'une des dimensions fortes de la vie du COE était la liturgie et les célébrations, et Dieu que c'est vrai ! Je ne sais pas à quoi ressemblera le Royaume de Dieu, mais je sais à quoi ressemble ce qu'il y a de plus beau dans la communion indicible des peuples de la terre. Imaginez près de 4 000 personnes de tous les coins du monde, de tant d'origines, de tant de langues différentes, de cultures diverses, de couleurs (de vêtements et de peau) variées et si belles, de tant de confessions, de fois, de traditions religieuses... réunies en un seul coeur, une seule espérance, dans le désir partagé et irrépressible de rendre à Dieu, unique et saint, toute gloire.

Tout était beau dans cette célébration : les (courtes) processions d'objets symboliques des divers coins de la planète, l'apport si simple et si authentique des enfants ; les chants étaient magnifiques, en brésilien, en anglais, en espagnol en une langue de Tahiti, entraînés de merveilleuse façon par une si enthousiaste chorale de plus de cent personnes, jeunes et moins jeunes ; le Notre Père, cette fois-ci dit à haute voix en peut-être 60, 80 ou 100 langues différentes ; les prières étaient superbes, région par région : « Nous voici, venus d'Afrique, terre d'origine de l'humanité (...) peuples que des siècles d'exploitation, d'oppression, d'esclavage, de pauvreté, de maladie et de tyrannie n'ont pas pu briser... », « D'Asie, nous arrivons, du berceau de civilisations anciennes et éclairées, terre où vit la moitié de l'humanité (...) Nous prions pour les centaines d'enfants exploités sexuellement... », « Nous voici, venus des Caraïbes, pays où la nature est faite de beauté et de sérénité (...) Nous venons avec nos frustrations, nos problèmes de pollution... », « Nous voici, venus d'Europe, de pays très divers et pleins de contradictions (...) conscients aussi que nous avons une tradition de mort : guerres, conquêtes, exploitation, racisme et génocides... », « Nous voici, venus d'Amérique latine, de pays pleins de vie et d'espérance. Nous élevons nos voix de tous les coins de notre continent, nous crions à toi pour trouver des maisons qui soient les nôtres, des abris, de la nourriture, la santé... », « Nous voici, venus du Moyen-Orient, (...) nous continuons à être témoins de la tyrannie, de l'injustice, de l'absence d'équité... », « Nous voici, venus d'Amérique du Nord (...) nous confessons que nos pas ont pesé lourdement sur la terre... », « Nous qui sommes venus du Pacifique, nous sommes vulnérables, comme toutes les autres régions, et nous faisons entendre la voix de notre fenua, de notre terre... » ; ces prières prononcés en plusieurs langues, dont celle du Pacifique en français, m'ont fait oublié mon rôle de journaliste et m'ont ému jusqu'au larmes.

Tout était beau dans cette célébration ; j'ai même trouvé beau la (longue) prédication de l'archevêque Anastasios de Tirana, c'est dire ! Se basant sur le thème de l'Assemblé du COE « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde », Sa Béatitude a parlé des interventions transformatrices du Dieu trinitaire, des humains en tant que collaborateurs à cette énergie transformatrice de la grâce divine, inspirés par l'Évangile de la grâce, dans une atmosphère de joie et de doxologie, et qui se résume à ce que Dieu est amour.

Oui, Dieu est amour, mais je sais maintenant aussi que Dieu est beauté.

 

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