DOSSIER :2005 : l’année des deux papes !

Jean-Paul II (1920 -2005)
Le procès en béatification
Extrait du Journal La Croix du 15 mai 2005 :
La rapidité de cette décision est une manière de respecter l’accueil populaire fait aux partisans du «santo subito» le jour des obsèques de Jean-Paul II ainsi que la démarche d’une majorité de cardinaux
La décision de Benoît XVI de ne plus présider lui-même les cérémonies de béatification avait laissé penser qu’il allait donner un sérieux coup de frein à une pratique lancée par Paul VI et que Jean-Paul II avait rendu habituelle.
Le contre-pied est venu vendredi 13 mai, quand le pape a annoncé que, «considérant le contexte particulier», il «a dispensé du délai de cinq ans après la mort du Serviteur de Dieu Jean-Paul II (Karol Wojtyla), Souverain Pontife, de sorte que la cause de béatification et de canonisation peut s’ouvrir aussitôt».
Le jour et le lieu de cette annonce n’étaient pas neutres non plus : le 13 mai, fête de Notre-Dame de Fatima (et jour anniversaire de l’attentat contre Jean-Paul II en 1981) ; Saint-Jean de Latran, la cathédrale de Rome, en présence du clergé diocésain auquel son nouvel évêque venait de s’adresser pour la première fois. «Je vois que vous savez le latin», a plaisanté Benoît XVI après la salve d’applaudissements qui a éclaté avant même qu’il ait fini de lire le texte latin du rescrit (réponse à une supplique) du cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation des causes des saints.
La proposition avait été faite le 28 avril, lors de la première visite du cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome, à Benoît XVI. Celui-ci a donc acquiescé, tenant compte de l’accueil populaire fait à ceux qui avaient lancé «santo subito» («saint tout de suite») lors des obsèques de Jean-Paul II, mais aussi de la démarche d’une majorité de cardinaux.
Depuis que la procédure moderne de canonisation a été instaurée (en 1588 par Sixte V), jamais cause ne fut ouverte si rapidement : quarante-deux jours après la mort de la personne concernée. En autorisant l’ouverture du procès diocésain de Mère Teresa à Calcutta dès 1999, soit deux ans seulement après sa mort, Jean-Paul II avait transgressé les normes qu’il avait lui-même établies en 1983 et qui fixent à cinq ans le délai minimum.
Certaines décisions de Jean-Paul II font encore débat
Si le procès diocésain est donc ouvert à Rome pour Jean-Paul II, il ne faudrait pas en conclure que celui-ci sera béatifié rapidement. La simple collecte et l’examen des écrits du pape défunt (de sa thèse d’étudiant à ses derniers messages), prendra du temps : ses «enseignements», publiés par le Saint-Siège, forment déjà cinquante et un gros volumes. Les témoins à interroger sont innombrables, à commencer par Benoît XVI lui-même qui fut son proche collaborateur pendant près de vingt-cinq ans !
En outre, il ne faut pas oublier que, au-delà de l’émotion présente, bien des décisions de Jean-Paul II firent débat dans l’Église, jusque chez certains cardinaux. Deux exemples : les repentances jubilaires du printemps 2000 n’ont pas été acceptées par tout le monde, et le dialogue interreligieux (notamment la réunion d’Assise du 27 octobre 1986) est toujours l’objet de critiques dans certains secteurs de l’Église. La seconde journée d’Assise, le 24 janvier 2002, avait été imposée par Jean-Paul II, y compris à un Joseph Ratzinger qui ne voulait pas faire le voyage…
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