DOSSIER : 19 prêtres sonnent la cloche!

Aux 19 prêtres ayant diffusé la lettre intitulée : «Trop, c’est trop!»,
Un regard sur notre Église Trop, c’est trop!
11 juin 2006

Mesdames, messieurs,

Récemment deux textes ecclésiaux ont attiré grandement l’attention. Le premier est une lettre de 19 prêtres intitulée : «Trop, c’est trop!». Il y était traité de l’accès des personnes homosexuelles au sacerdoce. Le second document émane de la Conférence religieuse canadienne (CRC). Il a été préparé  pour énoncer la perception contemporaine de l’Église par des religieuses et religieux  dans le cadre de la visite ad limina de nos évêques à Rome. Si le document de la CRC souligne les avancées de notre Église, il  relate également les multiples défis auxquels elle est sérieusement confrontée en ce moment et d’autres qu’elle devra relever au cours des prochaines années.

Nous faisons nôtres le contenu et le ton de ces deux documents et nous nous retrouvons dans leur inspiration théologique « écohumaniste ». Celle-ci fait que des chrétien-ne-s perçoivent Jésus de Nazareth comme un homme qui a brisé des tabous, franchi plusieurs frontières et bravé autant d’interdits pour à la fois affirmer et faire redécouvrir la dignité de toute personne… à elle-même et à sa communauté. En d’autres mots, « pas de révélation sans libération » comme l’écrit Timothy Radcliffe,- un théologien de réputation internationale.

Cette inspiration a nourri des théologies féministes, écologiques et de la libération faisant appel aux  sciences humaines pour mieux saisir la magnifique réalité plurielle de notre monde et y déceler l’aspiration à la vie en plénitude.

Des pas à poursuivre…

Nous sommes également sensibles aux interpellations formulées par les deux documents. En général, elles nous rappellent l’importance de la notion de Peuple de Dieu mise de l’avant par Vatican II.  En particulier, deux d’entre elles insistent sur le besoin d’améliorer les relations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église. Malgré des percées intéressantes dans ce domaine, nous croyons à la nécessité et à l’urgence de faire de nouveaux pas :

1. La création et le soutien à des lieux de partage

Les documents font tous deux état du besoin de lieux d’échange au sein de notre Église.  Il s’agit à la fois de susciter l’échange sur davantage de questions et d’y associer davantage de personnes pour favoriser un sain discernement et se montrer docile à l’écoute de l’Esprit.

Ainsi, des questions, même inédites, émanant de notre contexte contemporain seraient discutées voire débattues. Des voix variées et même nouvelles s’y exprimeraient.

Une telle prise de parole et son écoute profonde faciliterait l’inculturation de la foi chrétienne et valoriserait l’expérience humaine qui en est plus que jamais le terreau.

2. La reconnaissance d’un «signe des temps» : la sécularisation de nos sociétés

Alors qu’aux dires de plusieurs les sociétés sécularisées représentent avant tout une menace pour le christianisme, nous préférons porter notre attention d’abord sur leur interpellation vivifiante pour la foi chrétienne.

C’est notre conviction que l’Église porte le Christ comme une Bonne Nouvelle pour le monde. Mais c’est aussi notre conviction que le Christ porte le monde avec ses sociétés laïques et pluralistes comme une Bonne Nouvelle pour l’Église. Une Bonne Nouvelle encore à découvrir dans des valeurs, intuitions et engagements exceptionnels qui nous font découvrir le meilleur des êtres humains.

En ce sens, la méfiance voire même l’opposition à la laïcité, parfois exprimées et encouragées au sein de notre Église conduisent à une impasse. Il convient de résister à la tentation de refuser de reconnaître le processus de sécularisation même lorsque celui-ci menace certains acquis historiques de l’Église.  Un tel refus fait assurément reculer l’accueil de questions et le besoin de les traiter de manière renouvelée. Il en va de l’avenir et de la mission de l’Église chez nous.

En terminant, disons simplement que nous soulevons ces enjeux d’abord et avant tout pour que puisse s’exprimer davantage le trésor de l’Évangile enfoui comme le levain dans les nombreuses mesures de farine formées par le monde d’ici et ses questions souvent déchirantes.

L’Esprit est Saint s’il suscite l’espérance, éloigne la peur et fait inventer la communion. C’est dans ce mouvement que l’Église pourra mieux exercer son rôle prophétique dans le monde et contribuer avec d’autres partenaires à l’édification commune d’une société plus juste, égalitaire et fraternelle.  Sinon, comment pourrait-elle prétendre être experte en humanité ?

 

 

Patrice Perreault
Coordonnateur du Comité de pastorale sociale Granby et Région
Et 75 autres signataires

 


 

 

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