Conférence religieuse canadienne : Rencontre inédite entre religieux et autochtones à Wendake

Mercredi, 15 Mars, 2017 - 09:44
De faibles lueurs éclairent les visages concentrés dans la maison longue, une reconstitution des anciennes habitations huronnes. Debout sur un tabouret, Simon Pérusse, revêtu de l’habit traditionnel, multiplie les explications sur le style de vie et les valeurs de la Nation huronne-wendate. Les ramifications du brêlage complexe invitent les regards à contempler les hauteurs de la maison où vivaient jadis plusieurs familles autochtones. Au sol, de petites grilles où gisent quelques poissons en plastique surplombent des âtres et rappellent le fumage qu’on y pratiquait. Rapport à la nature, vie communautaire, mœurs sexuelles et familiales: le groupe composé essentiellement de religieuses et religieux écoute respectueusement le guide.
 
Après tout, ils sont venus à la rencontre d’autochtones. Ils sont une cinquantaine en ce 10 mars à s’être inscrits à une activité inédite de la Conférence religieuse canadienne (CRC) qui vise à encourager un rapprochement entre les communautés religieuses catholiques et les peuples des Premières Nations. Une première activité du genre a bien eu lieu à l’Institut de pastorale des Dominicains, à Montréal, le 24 février, mais celle de Québec était orientée en fonction d’une visite au Site traditionnel huron ONHOÜA CHETEK8E, sur la réserve de Wendake, une première.
 
L’une des personnes-ressources pour la journée, l’anthropologue abénakise Nicole O’ Bomsawin, se réjouit de voir cette initiative de la CRC.
 
«Il y a 10 ans, on n’en était pas là. Mais là on est à une autre étape. Ça me plait de voir ça, de voir le nouvel engagement», dit-elle.
 
Engagée personnellement dans les relations entre les autochtones et les catholiques depuis de nombreuses années, la dame de 60 ans se soucie notamment de tisser des liens entre les spiritualités traditionnelles autochtones et le catholicisme. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait au début du repas traditionnel qui était offert aux participants, en entonnant un chant-prière en guise de bénédicité.
 
La journée avait d’abord débuté par l’exercice des couvertures, une mise en situation au cours de laquelle de larges pans de tissus disposés au sol et sur lesquels se tiennent les participants sont progressivement retirés pour illustrer la dépossession des terres autochtones.
 
Ensuite, le pasteur presbytérien Richard Bonetto, fondateur du Centre Wampum, a évoqué son expérience de rencontre dans ce centre qui a vu le jour en 1994 en réponse à la crise d’Oka.
 
«Il y a de l’espoir», lance-t-il pendant le repas. «On est de plus en plus consciencieux de l’héritage autochtone. Et plus respectueux aussi.»
 
Il croit que les pensionnats autochtones et la Commission de vérité et réconciliation ont eu comme effet de sensibiliser plusieurs personnes. «On a fait un méchant bout de chemin depuis la crise d’Oka», ajoute-t-il.
 
 
Regarder vers l’avenir
 
À la CRC, l’initiative est pilotée par Stéphanie Gravel, directrice adjointe à la formation des leaders. «C’est vraiment la première rencontre officielle pour dialoguer avec les autochtones», explique-t-elle avec enthousiasme. «C’est vraiment un appel à l’action officiel de la Commission de vérité et réconciliation qui demande des rencontres de sensibilisation, de prise de conscience et de connaissance mutuelle pour entamer le dialogue.»
 
Elle confie qu’elle s’attendait à ce que l’opération soit plus délicate. Dans un contexte où plusieurs autochtones exigent des excuses plus franches du pape et où des communautés religieuses catholiques ont joué un rôle important dans l’administration des pensionnats, elle s’est demandée un instant si la CRC préférerait ne pas trop s’aventurer sur la question autochtone.
 
«Pour éviter ça, j’ai voulu faire une rencontre festive. On va à la rencontre de l’autre, on  mange des plats autochtones, on discute, on prie», précise-t-elle. «Ça permet de faire des premiers pas pour donner le goût. On ne voulait pas revenir dans la culpabilité.»
 
Elle précise que la CRC tentera ultérieurement d’organiser des activités où la présence autochtone sera plus importante.
 
 
Des participants déjà engagés
 
L’approche proposée a convaincu plusieurs dizaines de religieuses et religieux, ainsi que quelques laïcs, à consacrer leur vendredi à la rencontre des autochtones. Parmi eux, plusieurs travaillent déjà depuis quelques années sur des réserves et côtoient les peuples des Premières Nations, que ce soit en pastorale, dans les monde de l’éducation ou de la santé.
 
Sœur Renelle Lasalle, de la communauté des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, amène chaque année quarante adolescents de Granby rencontrer des autochtones en Abitibi, à Lac-Simon, Pikogan et Kitcisakik. Néanmoins, elle tenait à assister à cette journée.
 
«Ça fait sept and que je suis [en Abitibi] et on en apprend tous les jours. C’est important une journée comme ça pour créer des liens avec tout le monde», reconnait-elle, en précisant qu’il lui a fallu des décennies pour changer ses perspectives sur les peuples des Premières Nations. «Je n’avais aucun attrait pour eux. Puis j’ai cheminé. Aujourd’hui je vois à quel point ils sont bons.»
 
Parmi tous les participants, une seule personne était de descendance autochtone. Enseignante d’hébreu et vierge consacrée, Lina Dubois travaille au Centre Biblique Har’el, à Saint-Augustin. Bien qu’elle ait des racines abénakises, ce n’est pas nécessairement ce qui motivait son désir de se rendre à Wendake ce jour-là.
 
«Chaque fois que je m’y retrouve, je me sens bien. Comme si c’était ma maison ou mes racines. Je voulais en connaître davantage sur la vie amérindienne, surtout celle de la Nation huronne-wendate», dit-elle. «C’est un espace où il est possible de dialoguer, de se comprendre. L’autre n’est pas dangereux, il est plutôt enrichissant. Mais ce n’est pas facile de se laisser déranger et interroger par l’autre. Je suis revenue fière.»
 
La CRC organisera une activité similaire au centre Wabano, à Ottawa, le 1er avril.
 
 
Philippe Vaillancourt, Présence - information religieuse